Cette semaine, intéressons-nous à un précurseur qui voit le jour à Paris un 28 mai… 1868 !
Un inventeur à contre-courant
Après de brillantes études dans sa capitale natale, qui le voient fréquenter le prestigieux collège Sainte Barbe, Louis Antoine Kriéger sort diplômé à 23 ans de l'École Centrale des Arts et Manufactures. Il entre comme ingénieur à la Compagnie du Chemin de Fer du Nord en 1893. Néanmoins, la grande passion du jeune homme réside dans l’automobile naissante. Mais alors que les autres se tournent vers les énergies fossiles, lui croit résolument au courant électrique…
Dès 1894, il a ainsi l’idée de transformer un fiacre victoria, en remplaçant à l’avant les habituels chevaux par un dispositif de traction électrique avec des batteries dont l’autonomie est de 30 kilomètres. Le succès est au rendez-vous et l’année suivante, il participe à la course Paris-Bordeaux-Paris, première d’une longue série organisée par l'Automobile Club de France dans lequel il s’implique.
A force d’opiniâtreté, il se fait un nom. Aussi en 1898 crée-t-il à Courbevoie la Compagnie Parisienne des Voitures Électriques Système Kriéger qui expose au tout premier Salon de l'automobile de Paris.
Les modèles se succèdent, baptisés de noms exotiques : le Brougham, le Landaulette, l'Electrolette… Cette dernière, conçue pour deux personnes, accueille un moteur électrique de trois chevaux situé à côté de chacune des deux roues avant, ainsi actionnées indépendamment l’une de l’autre. Les automobiles Kriéger sont les premières à utiliser des freins électriques régénératifs, système de récupération de l'énergie cinétique que l’on trouve aujourd’hui sur la plupart des voitures électriques et hybrides car il permet de convertir une partie de celle-ci en une autre forme d'énergie, par exemple électrique, pour ralentir le véhicule, plutôt que de la perdre comme avec l’énergie thermique.
Trop citadins, trop chers, trop limités en charge…
Ces véhicules repoussent toujours plus loin les limites technologiques. Le 19 avril 1900, année où le constructeur décroche un Grand Prix à l’Exposition Universelle de Paris, l’un d’eux réussit à parcourir d’une seule traite les 152 kilomètres qui relient Paris à Laroche dans l’Yonne. Quelques mois plus tard, le 12 octobre 1901, un autre avale les 307 kilomètres entre la capitale et Châtellerault, toujours sans recharge et à la vitesse moyenne de 17,5 kilomètres par heure.
Portée par ces performances, la société produit, en 1901, 43 véhicules électriques, nombre qui passe à 62 l’année suivante. En 1903, il présente le premier véhicule électrique hybride, l’Electrogenia, pourvu d’une traction avant, d’une direction assistée et d’un moteur à essence qui complète la batterie électrique. Malheureusement, le marché tarde à décoller car le véhicule électrique est – déjà ! - considéré comme d’une utilité essentiellement urbaine, d’un prix élevé et voit son essor freiné par la faible capacité des batteries et le nombre insuffisant de stations de recharge…
Aussi, malgré la reconnaissance de ses pairs et des pouvoirs publics qui lui valent de recevoir en 1904 la croix de Chevalier de la légion d'honneur des mains du président de la République Emile Loubet, Louis Antoine Kriéger fait faillite en 1908. Cet infatigable précurseur, aujourd’hui injustement oublié, continuera néanmoins d’explorer cette voie jusqu’à son décès à Paris à l’âge de 82 ans, le 10 mai 1951.
Source : Wikipedia
"Sur la route, il y avait déjà des bandes réfléchissantes, maintenant il y roule des voitures intelligentes." – Marc Escayrol
