Cette semaine, nous vous racontons l’histoire de la première machine à écrire ayant réussi à frapper de son empreinte le grand public… et accessoirement celle du clavier QWERTY.
Il était une fois dans l’Ouest
Le premier des deux hérauts de notre histoire, Eliphalet Remington, bien que né le 28 octobre 1793 à Suffield, dans le Connecticut, a des parents d’origine anglaise. Ce qui peut éventuellement expliquer l’excentricité de son prénom.
L’histoire ne dit pas si les quolibets dont il dut ainsi logiquement faire les frais de la part de ses camarades le prédisposèrent à l’autodéfense, mais toujours est-il qu’il n’a que 22 ans lorsqu’en 1816, il conçoit et fabrique son premier fusil à partir d’un mécanisme acheté à un négociant et d’un canon particulièrement ingénieux de son invention. Le succès est immédiatement au rendez-vous, au point que le jeune homme décide de le produire en série en créant sa propre société de forge-fonderie, la E. Remington & Sons, à laquelle il associe bientôt ses trois fils et qu’il dirigera jusqu’à son décès le 12 août 1861.
Ce fusil révolutionnaire, rapidement devenu emblématique de la conquête de l'Ouest, lui permet de développer considérablement à la fois son entreprise mais aussi de diversifier ses activités. En dehors des armes, elle se met en effet à produire des machines agricoles, des équipements sportifs, des bicyclettes, des machines à coudre… et des machines à écrire.
Un clavier tempéré
C’est ici qu’entre en scène notre second protagoniste. Christopher Latham Sholes, né le 14 février 1819 à Mooresburg en Pennsylvanie, a débuté sa carrière comme simple apprenti dans cet Etat avant de s’établir à Milwaukee, dans le Wisconsin, en tant qu’éditeur de presse écrite. Hasard ou coïncidence, cet expert dans l’art de raconter des histoires se lance en parallèle dans la politique.
Mais l’homme est aussi profondément curieux et inventif. De 1864 à sa mort, le 17 février 1890, il dépose ainsi une quinzaine de brevets, parmi lesquels onze concernent la machine à écrire. Sans en inventer le principe, il s’inspire des tentatives de ses prédécesseurs avec pour objectif de simplifier l’usage et d’accroître ainsi l’efficacité de l’engin. Aussi obtient-il en 1868 un brevet pour la première machine à écrire dotée d’un clavier alphabétique ordonné en deux rangées. Lequel ne rencontre aucun succès auprès des différents industriels qu’il sollicite. Il se remet donc à l’ouvrage et invente alors le clavier QWERTY à quatre rangées. Bingo ! Il rencontre enfin des entrepreneurs séduits par son produit, en la personne des fils d’Eliphalet Remington, décédé entre temps… Lesquels lui achètent ses droits pour 12 000 dollars.
Stay on the scene, like a text machine
Et c’est ainsi que ce 1er mars 1873, E. Remington & Sons débute la fabrication de celle qui est commercialisée sous le nom, bientôt fameux, de « Type-Writer ». Dès sa mise sur le marché le 1er juillet 1874, le succès est immédiat. Douze ans plus tard, en 1886, E. Remington & Sons revend cette activité, avec le droit d'utiliser le nom Remington, à la Standard Typewriter Manufacturing Company, qui, au fil des fusions et des rachats, deviendra le pionnier de la fabrication des ordinateurs Remington Rand, futur Unisys. Quant au clavier QWERTY, il est depuis devenu la norme, dans les pays anglophones, sur les machines à écrire puis sur les ordinateurs.
"Un piano, une jeune fille et une machine à écrire, pour avoir un bon usage, doivent avoir été travaillés." – Henry De Montherlant, chantre du féminisme (ou pas)
